L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada

Garantir l’intégrité scientifique

Les scientifiques fédéraux ont signé une très grande victoire en 2017 — une victoire pour tous les Canadiens — lorsque l’IPFPC a fait intégrer dans les conventions collectives de ses membres le droit de parler librement de la science et de leur recherche.

Mais des années de compressions budgétaires et de mise à l’écart des scientifiques par le gouvernement Harper ont mis en péril la prestigieuse science publique canadienne.

Pour la rétablir, il faut que le gouvernement réinvestisse considérablement dans ses employés et ses programmes, qu’il mette en place des politiques scientifiques (qui seraient négociées avec l’IPFPC) dans tous ses ministères, et qu’il se dote d’un « dirigeant principal de la science » qui défendrait en tout temps l’intégrité scientifique dans la fonction publique.

L’IPFPC félicite le gouvernement actuel pour ses démarches en vue de réparer les dommages infligés à la science publique, mais il demeure vigilant, car il reste encore beaucoup à faire.

Principaux faits

  • L’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) représente plus de 15 000 scientifiques fédéraux, ingénieurs et chercheurs dans environ 40 ministères et organismes à vocation scientifique un peu partout au pays, dont :

- des médecins, du personnel infirmier, des vétérinaires, des physiciens, des biologistes, des botanistes, des agrologues et des agronomes;

- des experts de tous les domaines, de la sécurité ferroviaire aux changements climatiques, en passant par les vaccins, la pollution de l’air, la qualité de l’eau, la faune marine, l’alimentation, l’agriculture, les combustibles fossiles et l’énergie nucléaire.

  • Selon au moins un spécialiste des sondages (Angus Reid 1), les Canadiens ont cité le musellement des scientifiques fédéraux et le retrait de l’Accord de Kyoto comme les deux plus grands échecs du gouvernement Harper.
  • Selon un sondage Environics Research mené en 2013 auprès des scientifiques fédéraux2 :

- Neuf scientifiques fédéraux sur dix (90 %) estimaient qu’ils ne pouvaient pas parler librement aux médias de leurs travaux;

- Confrontés à une décision ou à une mesure ministérielle susceptible de compromettre la santé publique, la sécurité ou l’environnement, 86 % des scientifiques pensaient qu’ils ne pouvaient pas parler publiquement de leurs préoccupations sans être censurés ou subir les représailles de leur ministère.

- Plus du tiers des scientifiques sondés (37 %) signalaient que la direction ou le personnel des relations publiques les avaient empêchés de répondre aux questions du public et des médias au cours des cinq dernières années.

- Près du quart (24 %) des sondés se sont fait expressément demander d’omettre ou de trafiquer de l’information sans raison scientifique.

- Seulement 36 % des répondants ont dit que leur participation à des conférences était approuvée et moins d’un quart des répondants (24 %) estimaient juste, transparent et rapide le processus d’approbation de la participation à des conférences.

  • Ces dernières années, la science fédérale a perdu énormément de ressources financières et humaines ces dernières années. Par exemple :3

- Entre 2012 et 2016, l’Agence canadienne d’inspection des aliments a perdu 1407 postes à temps plein, soit 20 % de ses effectifs. Plus de 50 % des postes supprimés visaient à réduire les risques pour la santé humaine.

- Agriculture et Agroalimentaire Canada a quant à lui perdu 1764 emplois entre 2011 et 2015.

- Selon son dernier Rapport sur les plans et les priorités, Environnement Canada aura perdu 21 % de ses effectifs pendant la même période, dont 338 postes à la Division des changements climatiques.

- Au printemps 2015, au moins 1116 emplois avaient été éliminés à Santé Canada et 349 à Ressources naturelles Canada 4.

- Le gouvernement Harper a radicalement changé le mandat du Conseil national de recherches du Canada en le privant du financement nécessaire à la recherche fondamentale, en le forçant à s’adapter aux besoins de l’industrie et en supprimant plus de 800 postes de scientifiques depuis 20085.

Notre position

  • Nos membres donnent des services essentiels au Canada et aux Canadiens, et ce, tous les jours.

- Ils inspectent et approuvent les aliments que nous consommons, les jouets et les produits que nous utilisons et les vaccins et médicaments sur lesquels nous comptons.

- Ils font des prévisions météorologiques et émettent des avis de tempête, assurent le transport sécuritaire des personnes et interviennent dans les situations d’urgence où des vies ou l’environnement sont en danger.

- Ils aident à trouver des solutions aux problèmes mondiaux que posent les changements climatiques, les pandémies, le développement durable et la faim dans le monde.

- Ils sont les précurseurs de découvertes mondiales, telles que les premières animations par ordinateur, le stimulateur cardiaque, les isotopes médicaux et la technologie holographique anticontrefaçon, qui stimulent l’innovation et la croissance économique du Canada.

  • Il est essentiel de préserver l’intégrité scientifique au sein du gouvernement pour que les scientifiques fédéraux puissent protéger la santé et la sécurité des Canadiens. Il est également important de promouvoir l’innovation dont nous avons grandement besoin au Canada. Les scientifiques du gouvernement devraient être en mesure de s’exprimer librement, de mener des recherches suffisamment financées et dotées en personnel, d’assister à des conférences et de rencontrer des collègues à l’échelle nationale et internationale.
  • Nous reconnaissons qu’il faut du temps pour changer une organisation aussi grande et diverse que la fonction publique fédérale. Nos membres sont dévoués et désireux d’aider le gouvernement à faire les « vrais changements » que le premier ministre a décrits dans ses lettres de mandat aux ministres. Mais après près de dix ans de musellement et de compressions sous le gouvernement Harper, la fonction publique a aussi besoin d’être reconstituée. Il faut donc réinvestir dans des programmes essentiels et promouvoir la liberté d’expression des scientifiques. Un nouveau dirigeant principal de la science pourrait et devrait promouvoir cette liberté d’expression, mais il est tout aussi important que chaque député le fasse aussi.

1. The Harper Legacy, Angus Reid, le 30 octobre 2015,

2. Coup de froid sur la science publique, IPFPC, 2013, et La désintégration de la science publique au Canada, IPFPC, 2014.

3. Données tirées du document The State of Public Services and How to Fix Them, du CCPA (Howie West), publié le 19 janvier 2016, à moins d’indication contraire.

4. Données actualisées fournies par les recherchistes de l’IPFPC.

5. Ibidem.