Cinq signaux d’alarme à surveiller dans le budget 2026

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Le budget de 2026 doit expliquer comment le gouvernement compte tenir ses promesses tout en réduisant les effectifs d’experts qui permettent de les concrétiser. Voici cinq signaux d’alarme que l’IPFPC surveillera de près.
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Le gouvernement fédéral présentera le budget de 2026 le 5 novembre, alors que les compressions dans la fonction publique sont déjà en cours. Les scientifiques, les inspecteurs et d’autres professionnel·les risquent de perdre leur emploi, et la population a toujours besoin de réponses claires quant aux tâches qui ne seront plus effectuées.

Le gouvernement affirme que ce budget permettra de faire avancer des projets d’envergure, de renforcer la sécurité économique et de rendre la vie plus abordable. Ces ambitions dépendent justement de l’expertise en matière de fonction publique qu’elle est en train de réduire.

Le budget de 2026 doit répondre à une question fondamentale : qui fera le travail?

Les nouvelles annonces de dépenses ne peuvent être évaluées indépendamment des compressions budgétaires mises en œuvre ailleurs. Un engagement en faveur de la salubrité alimentaire, de la résilience face aux changements climatiques ou d’un examen plus rapide des projets n’a guère de sens sans les gens, les outils et l’expertise indépendante nécessaires à sa mise en œuvre.

Voici cinq signaux d’alarme que l’IPFPC surveillera de près.

1. De nouvelles compressions sans aucune précision sur ce que la population canadienne va perdre

L’année dernière, le gouvernement a présenté les réductions d’effectifs comme un moyen d’améliorer l’efficacité. Cette année, il doit tenir compte des répercussions de ces réductions sur la population.

À l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), les mesures prévues visant à supprimer 587 postes représentent une perte de plus d’un million d’heures de capacité scientifique et technique chaque année. Ce sont ces experts qui enquêtent sur les éclosions, identifient les risques liés à la salubrité des aliments et contribuent à empêcher que des produits dangereux ne se retrouvent dans les rayons des épiceries.

Les compressions touchent également les experts chargés de la cartographie des feux de forêt et des inondations, de la surveillance de la qualité de l’air, de la recherche sur les phénomènes météorologiques extrêmes et des alertes d’urgence. Leur travail aide les collectivités à se préparer bien avant qu’un ordre d’évacuation ne soit donné.

Au ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada, l’IPFPC a également critiqué le gouvernement pour avoir demandé aux scientifiques de cerner les besoins futurs en matière de recherche après avoir éliminé leurs postes et affaibli la capacité de recherche. Ces questions devraient servir de base aux décisions avant que des compressions ne soient effectuées.

Avant de procéder à de nouvelles compressions, le gouvernement doit publier des évaluations des risques opérationnels et cumulatifs, préciser les fonctions et les services touchés, et expliquer comment il compte assurer la sécurité publique. Les Canadiens et les Canadiennes ne devraient pas avoir à découvrir ce qu’ils ont perdu lors de la prochaine situation d’urgence.

Pour en savoir plus sur les mises en garde de l’IPFPC concernant la salubrité alimentaire et la préparation aux changements climatiques.

2. Des évaluations scientifiques plus rapides, sans avoir besoin d’experts pour les mener à bien

Le gouvernement souhaite que les grands projets fassent l’objet d’un examen plus rapide, tout en réduisant les ressources scientifiques dont dépendent ces examens. Le budget de 2026 doit expliquer comment il prévoit que cela fonctionnera.

Les évaluations environnementales examinent les répercussions qu’une exploitation minière pourrait avoir sur les eaux souterraines, l’impact qu’un pipeline pourrait avoir sur l’habitat des poissons ou les conséquences qu’un projet industriel pourrait avoir sur les collectivités avoisinantes. Les scientifiques doivent vérifier leurs hypothèses, combler les lacunes dans les données et déterminer quelles mesures de protection sont nécessaires. Ce travail ne disparaît pas pour autant lorsque les délais se resserrent.

Le projet de loi C-39 conférerait aux organismes de réglementation fédéraux des responsabilités supplémentaires en matière d’évaluation. Le budget de 2026 doit allouer les ressources nécessaires à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada, à l’Office de réglementation de l’énergie du Canada et à la Commission canadienne de sûreté nucléaire, ainsi qu’aux ministères dont les scientifiques apportent une contribution essentielle en matière de recherche, de surveillance et de conseils.

Le financement doit également s’accompagner du respect du jugement professionnel indépendant et d’un délai suffisant pour évaluer correctement les risques. Une évaluation achevée dans les délais n’a guère de sens si les experts n’ont pas pu mener à bien les travaux scientifiques nécessaires.

Une approche scientifique rigoureuse permet d’éviter des erreurs coûteuses, des dommages environnementaux et des problèmes susceptibles de retarder les projets par la suite. L’analyse scientifique fait partie intégrante de l’investissement responsable.

Si le gouvernement souhaite que les évaluations soient menées plus rapidement, il doit financer les experts nécessaires pour les mener à bien en toute sécurité. S’il poursuit ses compressions budgétaires, il devra revoir les échéanciers et les responsabilités supplémentaires qu’il impose.

On ne peut pas réduire les ressources consacrées à la recherche scientifique et s’attendre à ce que la rigueur scientifique s’améliore.

3. L’IA sert à justifier des compressions plutôt qu’à améliorer les services

Le gouvernement qualifie sa stratégie nationale en matière d’IA de « favorable aux travailleurs ». Le budget de 2026 doit prévoir des mesures de protection exécutoires et un financement à l’appui de cette promesse.

Lorsque la stratégie a été annoncée en juin, l’IPFPC a averti qu’elle offrait peu de protections concrètes aux employé·es fédéraux. Les questions suivantes sont restées sans réponse : l’IA serait-elle utilisée pour réduire les effectifs? Comment les gens touchés seraient-ils accompagnés? Et les syndicats auraient-ils leur mot à dire avant la mise en place de ces systèmes?

Ces questions concernent toutes les personnes qui comptent sur les services publics. Le fait de remplacer l’expertise professionnelle par une IA mal encadrée peut entraîner des erreurs, des services moins fiables et une diminution du nombre de personnes capables d’expliquer ou de corriger une décision.

Le budget 2026 devrait financer la formation et l’accompagnement à la transition, protéger les emplois et le jugement professionnel, et exiger la transparence quant aux domaines d’utilisation de l’IA et à ses répercussions sur les travailleurs et travailleuses et le public. Les syndicats doivent être consultés avant l’achat, la conception ou la mise en œuvre de ces systèmes, et des mesures de protection doivent être garanties par voie de négociation collective.

Des outils d’origine canadienne, une infrastructure nationale sécurisée pour les données et une réglementation indépendante sont également essentiels. La modernisation devrait renforcer l’expertise et la responsabilisation du secteur public, plutôt que d’accroître la dépendance à l’égard des fournisseurs de technologie étrangers.

Une stratégie en matière d’IA « favorable aux travailleurs » doit accorder à ces derniers des droits exécutoires, et non pas se contenter de leur donner des directives pour qu’ils s’adaptent.

4. Une sous-traitance qui ne cesse de prendre de l’ampleur alors que l’expertise interne est réduite

Le gouvernement ne peut pas affirmer de manière crédible qu’il a épuisé toutes les possibilités d’économies tout en continuant de recourir à des contrats externes coûteux pour des tâches que pourraient accomplir des professionnel·les de la fonction publique.

Comme l’indique le mémoire prébudgétaire 2026 de l’IPFPC, les dépenses fédérales consacrées aux services professionnels et spéciaux sont passées de 14,7 milliards de dollars en 2020-2021 à 23,1 milliards de dollars en 2024-2025. Le budget principal de 2026-2027 prévoyait des dépenses de 26,6 milliards de dollars, auxquelles s’ajoutaient 456 millions de dollars inscrits au budget supplémentaire (A), ce qui portait le total des dépenses prévues à environ 27,1 milliards de dollars.

Les promesses de réduire certaines dépenses en frais de consultants ne suffisent pas. Le budget 2026 doit prévoir des objectifs mesurables pour l’ensemble du budget consacré aux services professionnels et spécialisés, un compte rendu clair des résultats ainsi qu’un plan visant à rétablir l’expertise interne.

Avant de confier des travaux récurrents à des fournisseurs externes, les ministères doivent démontrer qu’ils ont pleinement évalué les options internes. Les économies réalisées devraient servir à financer le recrutement, la rétention du personnel et la formation professionnelle, afin que le gouvernement puisse réduire sa dépendance à l’égard des entreprises externes.

Réduire les effectifs d’une équipe interne pour ensuite payer un sous-traitant afin qu’il effectue son travail ne constitue pas une stratégie permettant de bâtir une fonction publique efficace et responsable.

5. La privatisation présentée comme une solution au sous-financement des services publics

Le financement privé et les partenariats public-privé peuvent donner l’impression qu’une annonce concerne un nouvel investissement. Les Canadiennes et les Canadiens doivent encore savoir qui sera propriétaire des actifs, qui contrôlera le service et qui assumera les coûts et les risques à long terme.

Si le budget de 2026 propose de confier des infrastructures ou des services publics au secteur privé, le gouvernement doit expliquer ce que la population y gagnerait et ce à quoi elle devrait renoncer. Cela signifie qu’il faut publier l’ensemble des coûts à long terme, comparer les différentes options de prestation de services publics et expliquer comment l’accès aux services et la reddition de comptes seraient garantis.

Les risques sont bien réels. Une vérification menée en 2010 sur les écoles en PPP de la Nouvelle-Écosse a révélé un suivi inadéquat des contrats et des exigences non respectées, notamment en matière d’inspections de sécurité incendie. Le fait de confier la prestation de ces services au secteur privé n’avait pas déchargé le gouvernement de sa responsabilité de veiller à ce que les services promis soient fournis.

Le gouvernement a toujours besoin de professionnel·les capables d’évaluer les propositions, de négocier des ententes, de surveiller le rendement et de faire respecter les normes.

Réduire cette capacité tout en comptant davantage sur des partenaires privés limiterait la capacité du grand public à examiner de près les décisions prises en son nom.

Ce dont les Canadien·nes ont réellement besoin

Le budget de 2026 devrait :

  • Suspendre les réductions d’effectifs jusqu’à ce que des évaluations transparentes des risques opérationnels et cumulatifs soient réalisées.
  • Expliquer quels services et quelles fonctions seront touchés par les compressions budgétaires, et préserver la capacité nécessaire à leur prestation.
  • Investir dans la science publique, l’expertise en matière de réglementation et la prise de décisions indépendantes fondées sur des données probantes.
  • Mettre en place une IA responsable et d’intérêt public, assortie de mesures de protection des travailleurs, de programmes de recyclage professionnel financés, d’une surveillance rigoureuse et d’une infrastructure sécurisée.
  • Réduire le recours inutile à l’externalisation et rétablir l’expertise interne.
  • Préserver le contrôle public et la responsabilité dans les décisions relatives aux infrastructures et aux services.

L’IPFPC examinera également de près les mesures touchant les régimes de retraite, les mesures de réaménagement des effectifs et les droits de négociation collective. On ne devrait pas demander aux professionnel·les de la fonction publique de payer le prix des choix du gouvernement au moyen d’une protection moins solide ou d’une sécurité de retraite réduite.

Les professionnel·les de la fonction publique savent où les systèmes doivent être améliorés. Ils ont besoin des ressources, des outils et du soutien nécessaires pour bien faire leur travail, ainsi que d’un gouvernement prêt à collaborer avec eux.

Le Canada ne peut pas renforcer la science en procédant à des compressions budgétaires. Il faut des expert·es pour transformer les promesses en services publics.

Pour en savoir plus : [LIEN VERS LE MÉMOIRE PRÉ-BUDGÉTAIRE 2026 DE L’IPFPC]

Cinq signaux d’alarme à surveiller dans le budget 2026